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Étude de cas : trois crises internationales et leurs impacts sur les PME françaises (2023‑2025)

Par Laurent Arnou

Depuis 2023, plusieurs faits internationaux ont eu un impact mesurable sur les petites et moyennes entreprises françaises, au-delà des crises déjà bien documentées. Ces événements ont modifié les conditions de l’exportation, pesé sur la demande extérieure et rebattu les cartes de la compétitivité.

Ce n’est pas une liste de catastrophes spectaculaires. C’est une série d’ajustements du contexte global auxquels les PME doivent désormais s’adapter.

Quand la guerre commerciale pèse sur les exportations françaises

Au printemps 2025, l’administration américaine a réinstauré des droits de douane sur plusieurs catégories de produits français, notamment vins et spiritueux. Ces taxes, appliquées à partir d’avril 2025 avec un taux initial de 10 %, sont montées à 15 % à l’été 2025 dans un contexte de tensions commerciales plus larges, y compris avec la Chine.

L’impact sur les PME françaises exportatrices est direct. En 2025, selon les statistiques du commerce extérieur, la valeur globale des exportations françaises de vins et spiritueux a reculé de 8 % pour s’établir à 14,3 milliards d’euros, tandis que les volumes diminuaient de 3,3 %.

Sur le marché américain, qui représente historiquement près de 7 % des exportations hors UE pour les PME et ETI exportatrices dans ce secteur, les volumes ont chuté de 21 % dans les vins et spiritueux.

Ces droits de douane ne touchent pas uniformément toutes les PME. Ils pénalisent particulièrement les PME des filières viticole, agroalimentaire et cosmétiques qui ont construit leur modèle sur l’export vers les États-Unis ou la Chine. La réaction des clients internationaux se traduit par une baisse des commandes et une pression accrue sur les marges. Pour un producteur de cognac ou de vins haut de gamme, une surtaxe de 15 % devient une donnée industrielle incontournable, souvent absorbée sur la marge faute de pouvoir répercuter intégralement les coûts.

En dépit d’un accord temporaire entre les autorités européennes et américaines qui a limité certains droits de douane à 15 % au lieu d’un taux initialement envisagé plus élevé, les signaux restent défavorables. Certains analystes évoquent un risque de hausse des défaillances d’entreprises françaises exposées à ces droits, notamment si la guerre commerciale s’intensifiait.

Une France exportatrice toujours dynamique, mais de plus en plus exposée aux tensions géopolitiques

Les données récentes confirment cependant que les PME et ETI restent des acteurs significatifs du commerce extérieur français. Selon un rapport publié en février 2026, les PME et entreprises de taille intermédiaire représentent 47 % des exportations françaises de marchandises avec un total d’environ 280 milliards d’euros en 2024. Le nombre d’entreprises exportatrices est en hausse, avec 151 200 opérateurs (+5 %), soulignant un dynamisme structurel malgré un contexte international complexe.

L’Union européenne reste la zone principale de débouchés pour ces entreprises, avec 53 % des exportations. Les États-Unis et le Royaume-Uni comptent chacun pour 7 %, derrière l’UE mais devant la Chine, ce qui met en évidence à la fois l’importance des marchés extérieurs et la vulnérabilité exposée par les droits de douane.

Dans ce paysage, les PME rapportent des tensions accrues. Près de 83 % des dirigeants exportateurs perçoivent des risques liés aux tensions géopolitiques et au protectionnisme pour 2026, un niveau en progression. Le risque lié au durcissement des politiques commerciales, cité par 34 % des exportateurs est particulièrement marqué pour celles visant l’Amérique du Nord.

Pour certains secteurs industriels français exportateurs vers l’Amérique du Nord ou l’Asie, cette combinaison de droits et de risques perçus ralentit les décisions d’investissement et de conquête de marchés hors UE. Même si les exportations restent un levier de croissance structurant, les dirigeants doivent composer avec un environnement externe de plus en plus volatil.

Une croissance française modeste et fragile, qui pèse sur les PME

Les développements internationaux interviennent dans un contexte macroéconomique français déjà délicat. Les statistiques économiques nationales montrent une croissance du PIB de seulement 0,9 % en 2025, légèrement au-dessus des prévisions, mais toujours faible face aux besoins des entreprises. Cette croissance modeste s’explique en partie par une demande interne hésitante et des incertitudes persistantes sur les marchés extérieurs.

Au premier trimestre 2025, l’INSEE a noté une croissance limitée (+0,1 %) et une révision à la baisse des prévisions annuelles, en grande partie liée aux tensions globales et au contexte international incertain. La consommation des ménages reste contrainte et l’investissement des entreprises hésite face au manque de visibilité.

Cette situation macroscopique joue un rôle dans les perspectives des PME. Une croissance modeste redistribue moins de capacité d’achat sur le marché domestique, ce qui rend l’export encore plus stratégique pour les PME cherchant des relais de croissance. Cependant, comme les tensions commerciales et les incertitudes mondiales augmentent les risques de change, de non-paiement ou de perturbations logistiques, l’attrait de l’international s’accompagne désormais d’un coût organisationnel accru.

Intensification des défaillances et fragilisation structurelle

Sur le plan des entreprises elles-mêmes, l’impact des événements internationaux se retrouve dans la hausse du nombre de procédures et des défaillances, malgré une stabilisation récente. En 2024, 65 611 entreprises ont fait l’objet de défaillances en France, contre 51 276 en 2019, soit une augmentation nette par rapport à l’avant-crise.

Même si le premier semestre 2025 fait état d’une hausse modérée de 2,8 % des procédures collectives par rapport à l’année précédente, certains secteurs restent sous pression. Les défaillances ont augmenté de façon notable dans des secteurs traditionnellement exportateurs comme la construction, l’industrie manufacturière et le commerce, témoignant d’une vulnérabilité structurelle renforcée par les perturbations internationales.

Les effets combinés des droits de douane, des tensions géopolitiques et d’un ralentissement global pèsent sur la solvabilité des entreprises. Pour certaines PME, la capacité à équilibrer les charges financières et à renouveler des contrats à l’export devient plus difficile.

Ce que ces événements révèlent pour les PME françaises

Les événements internationaux des trois dernières années ne sont pas des catastrophes isolées. Ils s’inscrivent dans une dynamique de protectionnisme croissant, de réallocation industrielle et d’incertitude macroéconomique.

Pour les dirigeants de PME, plusieurs réalités émergent clairement :

• L’internationalisation, malgré ses risques, reste un levier clé de croissance et de résilience, comme le montre l’importance des exportations PME dans le commerce extérieur français.

• Les tensions commerciales, notamment des droits de douane complexes, modifient l’équation des marges et des stratégies de placement de produits à l’étranger.

• La perception des risques liés à la géopolitique et au protectionnisme s’accroît, ce qui influe sur les décisions d’investissement et de diversification des marchés.

Dans un contexte de croissance domestique limitée, ces facteurs externes deviennent des variables de pilotage incontournables pour les PME françaises.

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