Par Laurent Arnou
La France a dévoilé, le 29 janvier 2026 à Bordeaux, sa nouvelle stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030.
Ce texte structurant fixe la trajectoire de l’action publique face aux cybermenaces croissantes. Il ne s’agit pas d’un catalogue de bonnes intentions. C’est une feuille de route avec des objectifs précis, construite dans un contexte d’attaques numériques de plus en plus fréquentes et ciblées. Elle s’inscrit dans la continuité des engagements pris depuis 2018 et prolonge la Revue nationale stratégique de 2025.
Pour une PME, une ETI ou une collectivité, cette stratégie change plusieurs règles du jeu. Elle ne se limite pas à une politique publique sectorielle. Elle nomme la cybersécurité un enjeu de souveraineté nationale, un levier de compétitivité et un élément structurant de la résilience économique.
Plus qu’une menace, un risque systémique
Depuis plusieurs années, les attaques touchent tous les secteurs. Des hôpitaux, des collectivités, des administrations, mais aussi des entreprises industrielles signalent des intrusions graves.
Selon certaines enquêtes récentes, près de 40 % des organisations déclaraient avoir subi un incident majeur en 2025, même si l’on observe une baisse globale du nombre d’attaques, celles qui réussissent deviennent plus sévères et destructrices.
Cette pression s’ajoute à un environnement réglementaire en mutation rapide. Au niveau européen, la directive NIS2 élargit les obligations de cybersécurité à un grand nombre d’organisations, y compris des PME selon leurs secteurs et seuils d’activité. Elle introduit aussi la responsabilité personnelle des dirigeants en cas de manquement grave à la sécurité.
Dans ce contexte, la stratégie française vise à structurer l’effort collectif plutôt qu’à laisser chaque entité improviser sa réponse.
Une démarche organisée autour de cinq piliers
La stratégie repose sur cinq axes structurants, déclinés en 14 objectifs.
Le premier pilier place la formation et les compétences au cœur de l’effort national. Le gouvernement veut faire de la France le plus grand vivier de talents cyber d’Europe. Cela implique d’agir dès l’école pour diffuser une culture de la cybersécurité, d’investir dans la formation initiale et continue et de soutenir la reconnaissance des compétences au niveau européen. La pénurie de spécialistes demeure une faiblesse structurelle pour l’écosystème économique.
Renforcer la résilience de la Nation constitue le deuxième axe. Il ne s’agit pas seulement de protéger des systèmes techniques. Il s’agit de préparer toutes les organisations à gérer des crises cyber. Cette ambition se traduit par une montée en puissance des exercices de gestion de crise, une meilleure préparation collective et la création d’outils d’accompagnement à destination des victimes.
Un troisième pilier vise à entraver l’expansion de la cybermenace. L’État veut mobiliser tous les leviers disponibles (judiciaires, diplomatiques, techniques) pour dissuader ou répondre aux attaques. Cela passe par un meilleur partage d’informations entre acteurs publics et privés et par l’implication active des entreprises dans la cybersécurité nationale.
Le quatrième axe concerne la maîtrise des fondements numériques essentiels. L’ambition affichée est de réduire les dépendances technologiques, en soutenant notamment la structuration d’un marché européen des produits et services de cybersécurité et en investissant dans des technologies critiques. L’objectif est aussi d’éviter des dépendances stratégiques à des acteurs hors d’Europe pour des éléments clés tels que le cloud ou les solutions de chiffrement.
Enfin, la France entend agir sur la scène européenne et internationale pour promouvoir un cadre de cybersécurité fondé sur le droit et la stabilité. Cela inclut des initiatives de coopération, la participation à des structures collectives de cyberdéfense et l’aide aux États les plus vulnérables.
Ce qui change concrètement pour les organisations
Pour les entreprises, cette stratégie esquisse plusieurs conséquences opérationnelles.
D’abord, la cybersécurité n’est plus seulement un sujet technique. Elle devient un élément transversal de la gouvernance d’entreprise. L’intégration de la cybersécurité dans les processus de décision, la nomination de responsables dédiés et la prise en compte des risques numériques à des niveaux stratégiques seront des attentes de plus en plus fortes. Cela rejoint aussi les obligations émergentes de la directive NIS2 en matière de gouvernance.
Ensuite, un guichet national d’information et d’accompagnement est prévu. Il doit faciliter l’accès aux ressources, aux bonnes pratiques et aux dispositifs d’assistance pour les victimes d’incidents. Ce portail est présenté comme une porte d’entrée unique pour tous les acteurs, des PME aux collectivités.
La stratégie propose aussi des campagnes de sensibilisation ciblées, sur le modèle des campagnes de prévention routière. Cela vise à faire basculer la cybersécurité dans le quotidien des dirigeants et à dépasser l’image d’un sujet réservé aux experts.
Enfin, la montée en maturité cyber des organisations peut devenir un facteur d’accès à certains marchés ou financements publics. Si le texte ne fixe pas encore de sanctions nouvelles directes dans le cadre national, la logique européenne commence à l’associer à la conformité réglementaire et à la responsabilité des dirigeants.
Limites et points à clarifier
À ce stade plusieurs modalités restent à préciser. La stratégie ne mentionne pas encore de cadre budgétaire clair ou de financements dédiés. Les modalités exactes de coordination avec l’éducation nationale ou d’intégration dans les processus d’achat public restent également à définir.
Cette incertitude budgétaire est un point d’attention immédiat pour les décideurs qui doivent anticiper les investissements cyber de leur organisation.
Une stratégie pour anticiper plutôt que subir
Cette stratégie nationale de cybersécurité marque une étape importante. Elle reconnaît que la cybersécurité est un enjeu collectif, qu’elle touche tous les acteurs et qu’elle ne peut plus être traitée comme un simple sujet technique ou réglementaire. Pour une PME ou une ETI, cela signifie anticiper plutôt que subir : investir dans les compétences, intégrer la cybersécurité à la gouvernance et s’organiser pour gérer des crises numériques.
La mise en œuvre opérationnelle reste à déployer. Les dirigeants et responsables sécurité doivent dès maintenant évaluer leur exposition, mesurer leurs capacités internes et planifier des actions adaptées aux risques identifiés. La stratégie pose le cap. L’exécution, elle, commence dans chaque entreprise.
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