OPA Fnac Darty, une recomposition actionnariale au cœur des enjeux de souveraineté économique

Par Laurent Arnou

Le groupe français Fnac Darty est au centre d’un mouvement capitalistique majeur début 2026.

Daniel Křetínský, investisseur tchèque déjà principal actionnaire, a lancé une offre publique d’achat (OPA) amicale sur les actions qu’il ne détient pas encore. Cette démarche vise à franchir le seuil de contrôle majoritaire. L’enjeu dépasse la simple finance. Il touche à la gouvernance, à la souveraineté économique et à la structuration de la grande distribution en Europe.

Une offre structurante pour Fnac Darty

Fin janvier 2026, EP Group, société contrôlée par Daniel Křetínský, a transmis au conseil d’administration de Fnac Darty une OPA à 36 euros par action, valorisant l’ensemble du capital à environ 1,1 milliard d’euros. Cette prime représente environ 19 % de plus que le cours de clôture précédent l’annonce. Le conseil a accueilli favorablement l’offre et est en train de organiser l’examen indépendant requis avant publication de son opinion motivée. L’offre doit être déposée auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF) avant la fin du premier trimestre 2026.

M. Křetínský ne prévoit pas de retrait obligatoire de la cote boursière à l’issue de l’opération. La société resterait cotée à la Bourse de Paris même si la participation de l’actionnaire majoritaire dépassait 50 % du capital ou des droits de vote. Cette posture traduit une stratégie de contrôle consolidé plutôt qu’un projet de privatisation pure et simple.

Contexte d’actionnariat et dynamique externe

Avant l’OPA, M. Křetínský détenait 28,5 % du capital via Vesa Equity Investment, ce qui faisait de lui le premier actionnaire privé du groupe.

Le groupe allemand Ceconomy, propriétaire des enseignes MediaMarkt et Saturn, détenait environ 22 % du capital. Or, Ceconomy est en cours d’acquisition par le géant chinois JD.com, dans le cadre d’une opération d’environ 2,2 milliards d’euros, qui ouvrirait à JD.com une participation indirecte importante dans Fnac Darty.

Cette perspective d’une présence chinoise significative dans le capital a suscité des inquiétudes de l’État français quant à l’influence d’un acteur étranger dans un groupe central pour la diffusion culturelle et la distribution en France. Le ministère de l’Économie a exigé que JD.com dépose une demande d’examen au titre du contrôle des investissements étrangers. JD.com s’est exécuté fin novembre 2025 et des engagements ont été donnés pour limiter son rôle à celui d’actionnaire sans droit de gouvernance.

Facteurs économiques et opérationnels

Fnac Darty est un groupe de distribution spécialisé présent dans plus d’une dizaine de pays avec plus de 1 500 magasins et un chiffre d’affaires stable autour de 10 milliards d’euros. L’entreprise a publié des résultats modestes pour l’exercice 2025, avec une croissance ralentie et une marge d’exploitation réduite.

Le conseil a récemment annoncé la cession de la filiale Nature & Découvertes, ce qui illustre une stratégie de rationalisation active de ses actifs.

Pour les actionnaires, l’OPA représente une opportunité de liquidité immédiate à un prix supérieur au niveau de marché. Pour le management, elle garantit la continuité du plan stratégique “Beyond everyday”, qui vise notamment à renforcer les services et à accroître l’abonnement à des services numériques.

Enjeux de gouvernance et de contrôle

L’enjeu principal de l’opération est la consolidation du contrôle par M. Křetínský. En dépassant le seuil de 50 % du capital, il pourrait sécuriser la gouvernance du groupe face à des actionnaires externes puissants, notamment JD.com. Cette dynamique révèle une tension entre ouverture du capital à des investisseurs internationaux et maintien d’un contrôle européen sur un acteur stratégique du commerce et de la culture.

L’intervention du ministère de l’Économie sur l’entrée de JD.com souligne le rôle actif de l’État dans la définition des conditions d’exposition des entreprises françaises aux capitaux étrangers, particulièrement lorsqu’il s’agit de secteurs touchant à la vie culturelle et aux données des consommateurs.

Risques et opportunités pour les organisations

Pour un dirigeant ou un responsable de PME/ETI, ce dossier illustre plusieurs points d’attention. D’abord, la structure de capital est un vecteur stratégique. Un actionnariat dispersé ou fragmenté peut exposer une entreprise à des mouvements de prise de contrôle externes qui modifient durablement son orientation.

Ensuite, le contexte réglementaire autour des investissements étrangers peut influer sur la vitesse et la conditionnalité de ces mouvements, notamment dans les secteurs sensibles. Enfin, la perception du marché, reflétée par la valorisation boursière et les réactions des cours, peut influencer les décisions de finance stratégique et de gouvernance interne.

Conséquences opérationnelles et perspectives

L’OPA de Daniel Křetínský sur Fnac Darty acte une recomposition significative de l’actionnariat d’un acteur majeur du commerce européen. Elle intervient dans un contexte où les enjeux de gouvernance, de souveraineté économique et d’influence étrangère se croisent.

Pour les décideurs, l’événement rappelle que la structure capitalistique est un élément de résilience stratégique. Elle influence la capacité à maîtriser non seulement les décisions opérationnelles, mais aussi l’exposition aux risques externes liés aux investisseurs internationaux.

Dans les semaines à venir, le rôle de l’AMF, l’évolution de la position de JD.com et l’impact sur la stratégie commerciale de Fnac Darty seront des facteurs à suivre pour mesurer les conséquences durables de cette opération.

PARTAGER

Abonnez-vous

Abonnez-vous à notre newsletter et recevez les meilleures articles directement dans votre boite email

NOUS SUIVRE

À PROPOS

Huminsight accompagne dirigeants et organisations dans la maîtrise des risques humains, informationnels et réputationnels, avec des méthodes claires, mesurables et adaptées au terrain.