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Guerre au Moyen-Orient en 2026. Panorama des risques humains, logistiques et énergétiques pour les entreprises françaises

Par Laurent Arnou

La crise militaire qui se développe au Moyen-Orient début mars 2026 se traduit immédiatement par une série d’effets opérationnels pour les entreprises françaises. Les premiers impacts concernent la sécurité des personnes. Les suivants touchent la logistique mondiale, l’énergie, l’assurance.

Les articles publiés début mars par plusieurs médias français décrivent une montée rapide des appels au ministère des Affaires étrangères. La cellule de crise du Quai d’Orsay traite plusieurs milliers de demandes en quelques jours. La presse évoque environ 7 000 appels reçus. Plusieurs dizaines de milliers de ressortissants français signalent leur présence dans la région. Les premières opérations de rapatriement concernent des personnes considérées comme vulnérables. (Le Parisien, 4 mars 2026 ; Public Sénat, 4 mars 2026).

Pour une entreprise européenne, la question dépasse la seule situation diplomatique. La crise révèle une réalité structurelle. Une organisation moderne dépend simultanément de la mobilité internationale des salariés, de chaînes logistiques longues, de flux énergétiques mondialisés, de contrats d’assurance parfois fragiles.

Lorsque ces quatre éléments se tendent au même moment, la continuité d’activité devient l’enjeu central.

La sécurité des salariés devient immédiatement une responsabilité opérationnelle

La première dimension concerne la protection des personnes présentes dans la zone.

Les estimations relayées par la presse indiquent qu’environ 400 000 ressortissants français se trouvent dans une zone élargie touchée par les tensions régionales. Une partie d’entre eux est constituée de salariés expatriés, de techniciens, d’ingénieurs, de personnels de maintenance ou de cadres travaillant pour des groupes européens. (Public Sénat, 4 mars 2026).

Dans ce contexte, la responsabilité de l’employeur repose sur un cadre juridique précis. L’article L4121-1 du Code du travail impose à toute entreprise de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs.

Cette obligation inclut les salariés en mission internationale. Elle implique plusieurs actions concrètes. Identifier la localisation des collaborateurs. Maintenir un contact opérationnel. Adapter les déplacements professionnels. Mettre en place des procédures d’évacuation si nécessaire.

Dans plusieurs témoignages relayés par la presse, les grandes entreprises disposent souvent de dispositifs d’assistance spécialisés. Certaines organisent des évacuations privées. D’autres affrètent des véhicules sécurisés pour rejoindre des aéroports encore ouverts. À l’inverse, les salariés isolés dépendent plus fortement des solutions publiques mises en place par l’État. (Ouest-France, 4 mars 2026).

La littérature sur la gestion des déplacements professionnels recommande depuis plusieurs années une approche structurée. La norme ISO 31030 publiée en 2021 formalise cette logique. Elle repose sur quatre piliers : politique de déplacement, préparation des missions, gestion de crise, retour d’expérience.

La crise actuelle illustre l’intérêt de ces dispositifs.

Le Moyen-Orient reste un nœud critique du commerce mondial

La seconde onde de choc concerne les flux logistiques internationaux.

Le Moyen-Orient se situe au croisement de plusieurs routes commerciales majeures. Deux passages jouent un rôle déterminant pour l’économie européenne : le détroit d’Ormuz et le canal de Suez.

Le premier constitue un point de passage énergétique majeur. La U.S. Energy Information Administration estime qu’environ 20 millions de barils de pétrole transitent chaque jour par le détroit d’Ormuz. Ce volume représente environ 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers. (EIA, 2025).

Le même passage concentre également une part importante du commerce mondial de gaz naturel liquéfié. Les estimations de l’agence américaine indiquent qu’environ un cinquième du commerce mondial de GNL transite par ce détroit. (EIA, 2025).

Le canal de Suez joue un rôle complémentaire. La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement estime que près de 10 % du commerce maritime mondial en volume passe par cette route. La part atteint environ 22 % pour le commerce conteneurisé. (UNCTAD, 2024).

Toute perturbation régionale agit donc immédiatement sur les coûts de transport.

Début mars 2026, plusieurs compagnies maritimes annoncent des surcharges exceptionnelles liées au conflit. Maersk publie une augmentation d’urgence des tarifs pouvant atteindre plusieurs milliers de dollars par conteneur sur certains corridors. CMA CGM annonce une surcharge spécifique liée au conflit pour les conteneurs à destination ou au départ de la zone. (Communiqués des compagnies maritimes, mars 2026).

Dans le transport aérien, la réaction est encore plus rapide. Reuters indique qu’entre le 28 février et le 3 mars 2026 la capacité mondiale de fret aérien diminue d’environ 22 %. Sur l’axe Asie – Moyen-Orient – Europe, la baisse atteint près de 39 %. (Reuters, 5 mars 2026).

Ces chiffres doivent être replacés dans un contexte plus large. Le fret aérien représente une part relativement faible du volume des marchandises transportées dans le monde. En revanche il représente une part très élevée de la valeur du commerce international. Les produits électroniques, pharmaceutiques ou technologiques utilisent souvent ce mode de transport. (IATA).

Pour une entreprise européenne dépendante de ces flux, la conséquence est immédiate. Les délais s’allongent. Les coûts augmentent. Les priorités logistiques doivent être redéfinies.

Le choc énergétique reste un risque majeur pour l’économie européenne

La troisième dimension concerne l’énergie.

Les tensions militaires dans le Golfe produisent rapidement un effet sur les marchés. Les investisseurs anticipent le risque d’une perturbation des flux pétroliers ou gaziers.

Début mars 2026, le prix de référence du gaz européen TTF atteint environ 65 euros par mégawattheure lors de certaines séances. La hausse sur une semaine est significative selon les données rapportées par Reuters. (Reuters, 4 mars 2026).

Le pétrole suit la même dynamique. Le Brent se situe autour de 83 à 84 dollars le baril au début du mois de mars, dans un contexte de volatilité liée aux tensions géopolitiques. (Reuters, 5 mars 2026).

Les autorités françaises cherchent à éviter un mouvement de panique. Le gouvernement insiste sur l’absence de pénurie immédiate. Les autorités rappellent que des achats massifs de carburant pourraient créer eux-mêmes une tension artificielle sur les stocks. (HuffPost, 4 mars 2026).

Le ministère de l’Économie annonce également une vigilance accrue sur les pratiques tarifaires dans les stations-service. Des contrôles peuvent être menés par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. (Le Figaro, 4 mars 2026).

Pour les entreprises, même une hausse modérée du prix de l’énergie se diffuse rapidement dans les coûts opérationnels. Transport routier. Chantier. Maintenance industrielle. Logistique du dernier kilomètre.

Les secteurs intensifs en mobilité sont particulièrement exposés.

L’assurance maritime devient un facteur de blocage

Un autre effet moins visible concerne l’assurance maritime.

Dans les zones de conflit, les assureurs appliquent des couvertures spécifiques appelées « war risk ». Ces garanties couvrent les dommages liés aux actes de guerre ou aux hostilités.

Lorsque la situation se dégrade, les primes peuvent augmenter très rapidement. Reuters rapporte qu’au début de mars 2026 certaines primes d’assurance dans le Golfe passent d’environ 0,2 % à près de 1 % de la valeur du navire. (Reuters, 3 mars 2026).

Cette évolution modifie les décisions des armateurs. Dans certains cas, les navires peuvent attendre une confirmation de couverture avant d’entrer dans une zone à risque. Le transport maritime se ralentit alors même si les routes restent ouvertes.

Pour les entreprises importatrices ou exportatrices, l’impact se traduit par une accumulation de coûts supplémentaires. Surcharge de transport. Assurance cargo plus élevée. Allongement des délais.

Ces éléments se répercutent ensuite sur la trésorerie des entreprises. Des surcoûts de plusieurs milliers de dollars par conteneur peuvent modifier rapidement le besoin en fonds de roulement.

Ce que la crise révèle pour la gestion des risques des entreprises

La crise du Moyen-Orient en mars 2026 confirme plusieurs tendances déjà identifiées par la recherche économique.

Les travaux de Caldara et Iacoviello sur l’indice de risque géopolitique montrent que l’incertitude liée aux tensions internationales agit rapidement sur l’investissement des entreprises. L’effet apparaît avant même les ruptures physiques de flux. (American Economic Review, 2022).

Le Fonds monétaire international souligne également que l’impact économique d’un choc géopolitique dépend fortement de sa durée. Un épisode court produit une volatilité temporaire. Une crise prolongée agit durablement sur les prix de l’énergie et sur les décisions d’investissement. (FMI, 2025).

Pour les dirigeants d’entreprise, plusieurs enseignements apparaissent.

La gestion des déplacements internationaux devient un sujet stratégique. La cartographie des dépendances logistiques doit intégrer les goulets critiques du commerce mondial. Les contrats d’assurance doivent être analysés comme une condition d’accès aux flux. Enfin la trésorerie doit pouvoir absorber des chocs logistiques de plusieurs semaines.

La crise actuelle rappelle une réalité simple. Les entreprises modernes fonctionnent dans un environnement géopolitique instable. La performance ne dépend plus uniquement de la compétitivité économique. Elle dépend aussi de la capacité à maintenir l’activité lorsque les routes commerciales, l’énergie ou la sécurité deviennent incertaines..

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