Passer de l’analyse à la décision.
Situer votre niveau d’exposition en quelques minutes
Par Laurent Arnou
Une menace désormais mesurable pour les entreprises
Le statut de la désinformation a changé. Elle ne relève plus du débat médiatique. Elle affecte directement l’activité économique.
Depuis 2023, le Forum économique mondial classe ce risque parmi les plus critiques à court terme. Ce positionnement repose sur une accumulation de signaux. Instabilité des marchés. Fraudes en hausse. Défiance accrue envers les institutions.
Les entreprises sont en première ligne. Leur exposition ne cesse de croître avec la numérisation des échanges et la dépendance aux flux d’information.
Une étude publiée en 2025 par Sopra Steria (télécharger le document ici) avance un ordre de grandeur inédit. Le coût mondial de la désinformation pour 2024 se situerait entre 355 et 516 milliards de dollars. Cette fourchette doit être interprétée avec prudence. Elle agrège des données hétérogènes. Elle donne néanmoins une tendance solide.
Un cadre encore instable mais nécessaire
Le terme « fake news » a perdu toute valeur analytique. Trop imprécis. Trop instrumentalisé.
Les travaux conduits pour le Conseil de l’Europe en 2017 proposent une typologie plus exploitable. Désinformation lorsque l’intention de nuire est établie. Mésinformation en cas d’erreur non intentionnelle. Malinformation lorsqu’un contenu exact est utilisé de manière trompeuse.
Dans les faits, ces distinctions importent peu pour les entreprises. Les effets économiques se produisent indépendamment de l’intention initiale.
Une information inexacte, mal interprétée ou manipulée peut déclencher des réactions en chaîne. Baisse de confiance. décisions erronées. pertes financières.
Des impacts économiques désormais documentés
Les premières tentatives de quantification remontent à 2019. Une étude conjointe de CHEQ et de l’Université de Baltimore évaluait le coût annuel à 78 milliards de dollars.
Ce chiffre ne reflète plus la réalité actuelle.
Depuis, plusieurs ruptures ont modifié l’environnement. Le commerce en ligne constitue un premier point d’exposition. Les avis clients influencent l’essentiel des décisions d’achat. Le Forum économique mondial estime que près de 90 % des revenus du e-commerce sont affectés par ces mécanismes. Une partie significative repose sur des contenus manipulés.
Les marchés financiers réagissent tout aussi vite. En 2022, un faux message attribué au laboratoire Eli Lilly a suffi à provoquer une chute brutale de sa valorisation en quelques heures. L’information a été corrigée. L’impact, lui, a été immédiat.
Les fraudes suivent la même dynamique. La Federal Trade Commission chiffre à plus de 12 milliards de dollars les pertes liées aux escroqueries aux États-Unis en 2024. Une part croissante repose sur des techniques de manipulation informationnelle. Faux profils. scénarios narratifs crédibles. exploitation de la confiance.
L’effet d’accélération de l’intelligence artificielle
Depuis 2022, le facteur technologique change d’échelle. Les outils d’intelligence artificielle permettent de produire des contenus crédibles à faible coût. Texte. image. voix. vidéo. Le volume augmente. La détection devient plus complexe.
Selon Deloitte, les fraudes facilitées par l’IA pourraient atteindre 40 milliards de dollars aux États-Unis d’ici 2027. Ce chiffre repose sur des modèles. Il dépendra de l’évolution des usages et des contre-mesures.
Les deepfakes introduisent un risque nouveau. La preuve visuelle n’est plus fiable par défaut. Pour une entreprise, cela modifie la gestion de crise. Une vidéo falsifiée peut déclencher une réaction immédiate du marché ou du public avant toute vérification.
Des effets indirects plus difficiles à mesurer
Les impacts les plus visibles restent financiers. D’autres dimensions progressent de façon plus diffuse.
La santé publique constitue un premier indicateur. La résurgence de certaines maladies, dont la rougeole aux États-Unis, est partiellement liée à la circulation d’informations trompeuses sur les vaccins. Les coûts directs restent limités. Les implications sont structurelles.
La consommation est également affectée. Allianz Research évoque une contraction potentielle de plusieurs centaines de milliards de dollars liée à la polarisation des sociétés en Europe et en Amérique du Nord. Une fraction de cette dynamique est attribuée à la désinformation.
Les États réagissent. Régulation. investissements publics. dispositifs de surveillance. L’Union européenne a adopté le Digital Services Act pour encadrer les plateformes numériques. Ces mesures ont un coût. Elles traduisent une adaptation tardive.
Une exposition directe pour les entreprises
Le risque informationnel traverse désormais l’ensemble de l’organisation. Les directions financières font face à une volatilité accrue.
Les directions de la communication gèrent des crises plus rapides et plus diffuses.
Les ressources humaines doivent composer avec des collaborateurs exposés à des flux d’information non maîtrisés. Une campagne de désinformation peut viser une marque, un produit ou un dirigeant. Elle peut émerger sans préavis. Sa propagation échappe souvent aux canaux traditionnels.
Le délai de réaction devient un facteur clé. Dans la plupart des cas, la correction intervient après l’impact.
Structurer une réponse opérationnelle
La gestion de ce risque repose sur des dispositifs existants. Elle nécessite une adaptation. La veille constitue un premier niveau. Identifier des signaux faibles. repérer des anomalies. suivre les dynamiques de propagation.
La formation interne reste déterminante. Savoir qualifier une source. croiser l’information. détecter une manipulation simple.
Les outils techniques complètent le dispositif. Analyse des réseaux. détection de contenus synthétiques. Les solutions progressent. Leur fiabilité reste variable selon les cas.
La gouvernance doit intégrer ce risque de manière formelle. Cybersécurité. gestion de crise. conformité. Le sujet ne peut plus être traité de façon isolée.
Aucune approche ne supprime le risque.
Elle permet de réduire l’exposition et d’accélérer la réaction.
La désinformation agit comme un facteur de déstabilisation économique. Son coût devient mesurable. Son évolution reste incertaine.
Les entreprises doivent composer avec un environnement où l’information peut être manipulée à grande échelle. Ce contexte modifie les conditions de décision et de confiance. La capacité à détecter, qualifier et répondre à une information douteuse devient un avantage opérationnel.
Ce n’est plus un sujet de communication. C’est un enjeu de gestion des risques.
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter et recevez les meilleures articles directement dans votre boite email
Créé avec ©systeme.io• Politique de confidentialité • Mentions légales