Par Laurent Arnou
La course des porte-conteneurs autour du globe est à la fois un baromètre et un moteur du commerce international. En 2025, malgré la combinaison de conflits, de tensions géopolitiques et de décisions politiques lourdes, les flux maritimes ont continué de circuler. Le transport maritime mondial n’a pas connu d’effondrement, mais il a été secoué par des risques qui sont encore loin d’être résolus.
Un contexte global sous tension
L’année 2025 s’est déroulée dans un environnement géopolitique instable : la guerre en Ukraine se prolonge, les tensions entre les États-Unis et l’Iran se renforcent et des groupes armés comme les Houthis yéménites ont multiplié les attaques contre des navires dans des zones stratégiques comme la mer Rouge.
Ces facteurs conjugués ont modifié les comportements des armateurs et des chargeurs, générant des coûts plus élevés et des risques accrus pour les chaînes logistiques. Au point de questionner la résilience d’un système qui repose sur une poignée de points de passage critiques.
Le Canal de Suez, un passage stratégique sous contraintes
Le Canal de Suez reste un passage central pour le commerce Eurasie-Europe. Il réduit de plusieurs jours un trajet qui, sinon, contournerait l’Afrique via le cap de Bonne-Espérance, rallongeant considérablement la durée et le coût des transports.
Malgré cela, le nombre de porte-conteneurs empruntant ce canal a chuté drastiquement depuis 2023 en raison des risques sécuritaires autour du détroit de Bab el-Mandeb, au sud de la mer Rouge. L’Autorité du Canal de Suez a indiqué une baisse du trafic de près de 50 % entre 2023 et 2024.
Cette forte réduction n’a pas stoppé l’économie maritime, mais elle l’a obligée à s’adapter. Beaucoup de navires ont emprunté des routes alternatives, rallongeant les trajets de l’ordre de dix jours et augmentant les dépenses de carburant. Ces détours ont aussi entraîné une hausse des émissions de gaz à effet de serre par voyage de l’ordre de 30 % à 40 %.
Les armateurs continuent malgré les aléas
Dans ce contexte, les résultats de l’année 2025 montrent une étonnante capacité de résistance. Selon des données industrielles consolidées, les volumes transportés ont augmenté sur la plupart des routes majeures, notamment entre l’Asie et l’Europe, avec une hausse estimée de 5 % à 6 % pour certains corridors. Les armateurs les plus importants, comme Maersk, COSCO/OOCL ou Evergreen, ont affiché des résultats nets positifs, même si les marges ont reculé par rapport à l’exercice antérieur.
Cette performance tient à plusieurs facteurs. La demande mondiale de biens manufacturés et intermédiaires reste élevée, même si elle s’essouffle dans certains grands marchés. Les compagnies maritimes ont aussi su adapter leur flotte et leurs services à la demande, en segmentant leurs services et en optimisant les escales portuaires pour maintenir des taux de remplissage raisonnables. La diversification des routes et des services a réduit l’impact potentiel des perturbations localisées.
Géopolitique et risques sécuritaires persistants
Les tensions géopolitiques continuent de peser sur les chaînes logistiques. Les attaques de groupes armés dans la mer Rouge ont diminué par moment, mais des incidents sporadiques témoignent d’une menace toujours présente pour la sécurité des équipages et des navires commerciaux. La reprise partielle des transits via la mer Rouge en 2025 reste conditionnée à des cessez-le-feu fragiles et à la présence de forces navales internationales pour sécuriser le passage.
À cela s’ajoutent les risques liés au détroit d’Ormuz, où l’Iran a, à plusieurs reprises, évoqué la possibilité de perturber ce passage stratégique, qui supporte près de 20 % du trafic pétrolier mondial. Toute fermeture ou perturbation durable aurait des conséquences majeures sur les prix de l’énergie et, par extension, sur les coûts logistiques mondiaux.
Impacts pour les entreprises
Pour les dirigeants, les responsables logistiques et les décideurs, ces évolutions se traduisent par des défis opérationnels concrets. Tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement doivent intégrer une appréciation plus fine du risque géopolitique. Cela signifie recalibrer les évaluations de vulnérabilité des routes maritimes, revoir les contrats d’assurance maritime en conséquence et diversifier les options logistiques. L’usage plus fréquent de routes alternatives, l’anticipation de retards et l’optimisation des stocks peuvent réduire l’exposition à ces aléas.
Les entreprises dépendantes des importations ou des exportations par voie maritime doivent aussi surveiller la politique commerciale des grandes puissances.
En 2025, une vague de nouveaux tarifs douaniers a contribué à une volatilité accrue sur les marchés du fret et une croissance modeste du commerce maritime prévue autour de 1 % à 1,5 % par an. Un environnement de droits de douane changeants augmente les incertitudes sur les volumes futurs et les arbitrages géographiques des chaînes de valeur.
Vigilance et stratégie
L’année 2025 a montré que le transport maritime mondial peut maintenir le cap même sous pression. Les flux n’ont pas été interrompus et les armateurs ont conservé des résultats financiers positifs. Cependant, la trajectoire reste fragile.
Les risques géopolitiques autour de points de passage essentiels comme le Canal de Suez ou le détroit d’Ormuz et les tensions politiques persistantes, imposent une gestion active des risques logistiques. Pour les organisations, la capacité à anticiper, mesurer et atténuer ces risques est désormais partie intégrante de toute stratégie de continuité d’activité.
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